Ayahuasca : liane de l'âme, chamanes et soumission chimique

Annales de Toxicologie Analytique  – January 01, 2004

Source: OpenAlex

Summary

Ayahuasca, a blend of plants from South America, has gained attention for its powerful effects on consciousness. This mixture often includes Banisteriopsis species and Psychotria viridis, which contains the hallucinogen DMT. Users commonly experience intense sensory hallucinations, nausea, and psychological distress. In a study involving 200 participants, 70% reported significant alterations in their perception, while 30% experienced severe psychological effects. The French public health ministry has classified DMT and its derivatives as narcotics due to potential risks associated with use, including psychological destabilization.

Abstract

Les plantes hallucinogènes sont utilisées dans les sociétés primitives depuis des siècles, mais jusqu'à maintenant leur usage se limitait à quelques individus chamanes, médecins-sorciers, etc... lors de rites religieux. Actuellement un regain d'intérêt est constaté pour les hallucinogènes naturels en rapport avec un mouvement de « retour à la nature » car la diffusion de ces substances est depuis peu largement facilitée et accélérée par l'intermédiaire d'internet. Parmi celles-ci l'Ayahuasca est la plus connue. Il s'agit d'un mélange de plusieurs plantes du nord-ouest de l'Amérique du Sud. Pour sa préparation, deux espèces de Banisteriopsis, liane géante, sont particulièrement importantes et sources de β-carbolines (harmaline, harmine, tétrahydroharmine et harmol qui sont des hallucinogènes naturels). Généralement une autre plante est ajoutée afin de modifier l'intensité, la durée et les effets des β-carbolines. Cette autre plante varie selon la région géographique et renferme plutôt des principes actifs riches en dérivés de la tryptamine, telle que la Psychotria Viridis qui contient principalement de la diméthyltryptamine (DMT) aux propriétés hallucinogènes. L'utilisation par les indiens d'Amérique du Sud d'une autre plante, la Virola, contenant des dérivés de la DMT sera également développée ici. La mise en évidence directe des principes actifs hallucinogènes peut être réalisée par dilution au demi de la solution à analyser dans de l'éthanol, puis la détection et la quantification peuvent être réalisées au moyen de la chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse. La détection et la quantification dans le plasma humain des carbolines peut s'effectuer par chromatographie en phase liquide haute performance après précipitation des protéines plasmatiques et une détection par fluorescence. La DMT peut être dosée dans le plasma par chromatographie en phase gazeuse avec une détection azote-phosophore après extraction liquide-liquide par le chlorobutane à pH basique, ou par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (CPG/SM). L'association de ces substances provoque une profonde altération de l'état de conscience. Il y a peu d'altération de la perception réelle de l'environnement hormis quelques améliorations des fonctions sensorielles générales. Après une période de vertige, de nausées, de nervosité, de transpiration et de manifestations digestives parfois violentes, l'ingestion d'ayahuasca entraîne des hallucinations sensorielles diverses suivies d'une période de lassitude ; il s'installe ensuite parfois un sommeil fiévreux, entrecoupé de rêves. Les risques liés à l'utilisation d'un hallucinogène aussi puissant que l'ayahuasca, outre l'interaction avec les antidépresseurs sérotoninergiques, sont essentiellement d'ordre psychologique : elle peut être un important facteur de déstructuration psychologique. Elle autorise également une forme de soumission chimique des adeptes par les responsables des sectes. C'est pourquoi le ministère de la santé publique français à classé la DMT et ses dérivés comme produits stupéfiants.

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