Skip to content

Apprendre à voir l’invisible. Pédagogie visionnaire et socialisation des hallucinations dans un centre chamanique d’Amazonie péruvienne

David Dupuis

Cahiers d anthropologie sociale February 13, 2019 DOI: 10.3917/cas.017.0020 via OpenAlex

Summary

AI-generated from the abstract

In the debate with the Wassons, Claude Lévi-Strauss argued that the hallucinogenic experience is strictly shaped by culture. Although anthropologists widely share this view, they have said little about how a social group's shared representations structure the effect of hallucinogens. This article outlines ways to understand this process, termed the "socialization of hallucinations," using ethnographic data from Takiwasi, a major shamanic center in Peruvian Amazonia that offers international clients practices inspired by local mestizo shamanism (curanderismo), notably the ritualized use of the psychedelic brew ayahuasca. The stereotyped visual hallucinations reported by participants result from progressive learning.

Study at a glance

Characteristics Ethnography Peer reviewed
Population International clients at Takiwasi, a shamanic center in Peruvian Amazonia
Keywords Humanities Art Political science
Citations 8
Key finding The stereotyped visual hallucinations from ayahuasca use result from progressive learning shaped by discursive and pragmatic interactions that socialize the experience according to the group's cultural schemes.

Abstract

Dans le débat qui l’oppose aux époux Wasson, Claude Lévi-Strauss présente l’expérience hallucinogène comme strictement informée par la culture. Bien que cette thèse soit largement partagée par les anthropologues, ces derniers sont restés peu diserts sur la manière dont les représentations partagées d’un groupe social structurent l’effet des hallucinogènes. Cet article vise à dessiner quelques pistes en vue d’éclairer la nature de cette opération, que je propose de désigner sous le terme de « socialisation des hallucinations ». Je m’appuie à cette fin sur les données ethnographiques collectées à Takiwasi, l’un des principaux centres chamaniques d’Amazonie péruvienne, qui propose à une clientèle internationale des pratiques inspirées du chamanisme métis de la région (curanderismo) , au premier rang desquelles figure l’usage ritualisé du breuvage psychotrope ayahuasca. Le caractère stéréotypé des hallucinations visuelles rapportées par les participants de ces pratiques apparaît comme le résultat d’un apprentissage progressif dont je m’attache ici à analyser les ressorts et les implications. Je montre ainsi que les interactions discursives et pragmatiques encadrant la consommation de l’hallucinogène, qui constituent autant d’opérateurs de « socialisation des hallucinations », façonnent les attentes et éduquent l’attention du participant, organisant de ce fait l’expérience visionnaire au prisme des schèmes proposés par le groupe social. Supportant l’instauration d’un collectif et la recomposition de la relation que les participants entretiennent avec leur propre identité, l’expérience visionnaire apparaît alors comme un puissant support de transmission culturelle et d’affiliation au groupe social.

Comments

No comments yet.

Log in to comment