Cosmologies chamaniques et utilisation de psychotropes parmi les Shipibo-Conibo de l’Amazonie occidentale
Drogues santé et société January 21, 2010 DOI: 10.7202/038916ar via OpenAlex
Summary
AI-generated from the abstractThe idea of healing through a psychotropic substance seems inconceivable to a Western observer. Yet this practice is observed among the Shipibo-Conibo indigenous people in western Amazonia and is explained by their particular cosmology. Most entities in the environment (trees, rivers, celestial bodies) are considered microcosms, housing unique populations with specific knowledge, such as the ability to heal. In a mythical past, the Shipibo-Conibo could interact with these beings and benefit from their expertise, but today they can only glimpse them, especially in dreams.
Study at a glance
| Characteristics | Theoretical or philosophical paper Peer reviewed |
|---|---|
| Population | Shipibo-Conibo shamans |
| Intervention | Ayahuasca |
| Keywords | Humanities Art |
| Citations | 4 |
| Key finding | The Shipibo-Conibo use ayahuasca in regulated shamanic rituals to interact with forest beings for healing, viewing shamanism as a social institution rather than an esoteric practice. |
Abstract
L’idée de soigner par l’intermédiaire d’un psychotrope semble, pour un observateur occidental, inconcevable. Cette pratique s’observe néanmoins auprès de la population indigène shipibo-conibo en Amazonie occidentale et s’explique par leur cosmologie particulière. Ainsi, la plupart des entités du milieu (arbres, cours d’eau, astres) sont considérées comme des microcosmes, abritant des populations singulières aux connaissances spécifiques, comme la faculté de guérir. Dans un passé mythique, les Shipibo-Conibo pouvaient interagir avec ces êtres et bénéficier de leurs expertises, mais de nos jours, ils n’arrivent qu’à les entrevoir, notamment lors de rêves. Seuls les chamanes savent comment provoquer ces rencontres par l’ingestion d’une liane hallucinogène ( ayahuasca ) lors de contextes rituels : ce psychotrope étant jugé dangereux, son usage fait l’objet d’une initiation et de prescriptions strictes. Véhicule privilégié dans les médiations chamaniques, l’ ayahuasca permet d’actualiser les alliances avec les êtres de la forêt, et par leur entremise, les chamanes peuvent alors répondre aux besoins des membres de leur communauté. En détaillant les discours de chamanes shipibo-conibo, leur apprentissage et leurs pratiques chamaniques, cet article expose une utilisation pratique et régulée de psychotrope en contexte indigène et démontre comment les Shipibo-Conibo ne considèrent pas le chamanisme comme une pratique ésotérique marginale – idée courante en Occident – mais plutôt comme une institution en continuité avec un ensemble de pratiques sociales.